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L’évolution du travail à l’ère numérique – 6

Parmi les évolutions actuelles, celles liées à l’Intelligence Artificielle font très peur. L’IA va en effet fortement impacter l’économie et la société tout entière. Les progrès techniques, la concentration massive de données, la puissance informatique et les moyens financiers investis dans ces domaines sont colossaux. On parle d’une transition vers l’économie cognitive, qui n’a rien de commun avec l’économie marchande-industrielle que nous connaissons si bien.

 

Regardons quelques éléments qui ont trait au monde du travail :

L’IA va permettre une automatisation massive des tâches manuelles et intellectuelles (pas toutes bien sûr, les artisans, les artistes, les décideurs et les intellectuels de haut niveau n’ont rien à craindre). En général, les déclarations officielles et celles des professionnels du domaine minimisent ce problème en disant que de nouveaux jobs vont apparaître. C’est la croyance en la destruction créatrice de Schumpeter. Mais si la révolution de l’IA est aussi énorme qu’on nous le dit, sommes-nous sûrs que cette bonne vieille idée reste valide ? Certes les développeurs et autres spécialistes des « data » vont manquer et il faut effectivement d’énormes programmes de formation pour suivre la demande, mais on peut douter que le bilan soit équilibré : beaucoup de gens n’auront pas la capacité de s’adapter à cette nouvelle ère.

 

Dans tous les cas l’IA va interagir de plus en plus souvent avec les travailleurs, qui pourront se consacrer à des tâches plus intéressantes. Mais chaque fois qu’un individu interagit avec une machine, il est impressionné (surtout si elle utilise le langage naturel et qu’on l’appelle IA) ; il se sent en infériorité ; il se sent en faute s’il ne suit pas ce que la machine propose ; il se sent en danger d’avoir à rendre des comptes s’il se trompe et que la machine avait raison. A l’inverse, il se sent rassuré, déchargé de responsabilités en suivant les conclusions du système artificiel. L’opacité du fonctionnement des systèmes de nouvelle génération contribue aussi à les rendre dominants : lorsqu’on ne peut pas vérifier et comprendre ce qu’ils proposent, on accepte aveuglément et on perd l’habitude de travailler par soi-même.

 

Beaucoup d’applications vont entrer dans les entreprises pour faire gagner de la performance ; on parle en particulier d’améliorer l’expérience client et l’expérience employé. C’est une bonne chose, mais le risque est de continuer à normaliser les rapports humains en entreprise, à les quantifier et à éloigner les personnes les unes des autres. La personnalisation en RH et la prédictibilité apportée par l’IA en manière de management, apportent de l’efficacité, mais les erreurs et le hasard diminuant, la liberté individuelle, l’inventivité, et la création ne sont-ils pas en danger ?

 

On constate donc que l’IA accentue ce qui est déjà à l’œuvre avec la digitalisation : gain de performance et ouverture à de nouvelles opportunités, mais processisation et perte de sens du travail, transformation de l’emploi et adaptation douloureuse pour beaucoup, suprématie de la machine et baisse de l’autonomie, délitement des relations interpersonnelles et incompréhension managers – collaborateurs… Le plus critique concerne la créativité : à l’heure où tout le monde est d’accord pour dire que c’est l’élément clé au sein des entreprises et de la société en général, l’IA risque de transformer le collaborateur en exécutant sans idée, sans motivation, sans énergie ! Rien n’est sûr ; soyons vigilants ; ces question sont sans réponse à ce stade par manque de recul !